Actu / News Vie scolaire

Chronique ordinaire des jours extraordinaires

ToutEduc tient chronique des petits gestes et des petits faits des jours du confinement, des bonnes et des mauvaises surprises des acteurs de l’éducation, des situations qu’on n’imaginait pas, des outils auxquels on ne pensait pas…

Vous pouvez leur adresser vos textes, de 3 à 25 lignes, du positif ou du négatif, mais ancré dans la singularité de votre expérience (redaction@touteduc.fr)

Mme F. proviseure d’une cité scolaire


Mercredi 1er avril, jeudi 2 avril, Lourde journée, pénible, désespérante …

La fatigue s’est abattue brusquement sur moi, à un moment où je ne m‘y attendais pas.
Le temps a pourtant paru rapide depuis le début du confinement même si mes repères habituels se sont évaporés. J’ai beaucoup de mal à savoir quel jour de la semaine nous sommes par exemple, cela dû sans doute à l’absence des réunions posées chaque semaine le même jour, à la même heure, et qui rythmaient, de cette façon, la semaine de travail.

Je suis confinée, certes, et ne sors pas de l’établissement scolaire mais je continue néanmoins à descendre un étage et à aller chaque jour à mon bureau selon des horaires quasi identiques avec néanmoins un retour impératif à 19H55 pour le rdv des balcons.
Alors, pourquoi, en ce mercredi ou jeudi soir, brusquement, la fatigue sourde a eu raison de mon énergie ?
La colère, peut-être, conséquence elle-même d’un constat d’impuissance face à l’empirisme des croyances et des peurs irraisonnées ?
Il y a plus de 4 semaines maintenant, un des personnels a été hospitalisé. Atteint d’une forme sévère du coronavirus, il a été mis sous coma artificiel et respirateur avec une pneumonie qui s’est doublée d’un œdème pulmonaire. Il est sorti d’affaire, désormais, mais cela a été lent et douloureux. Comme il habite dans l’enceinte de l’établissement, les autres personnels, ses voisins, ont développé une angoisse énorme. Quatre semaines plus tard, ils refusent toute tâche au sein de la cité scolaire et ne prennent jamais le soleil dans une des cours ou dans son parc, persuadés d’être en danger. L’accueil d’enfants de personnels soignants ne les concerne pas, la distribution de masques non plus, les locaux qu’ils entretenaient et qui peu à peu perdent en salubrité… Seule l’imminence d’un danger plus fort qu’ailleurs existe et aucun de mes arguments raisonnés n’y peut rien.
En parallèle, la découverte à chaque heure ou presque de la journée de nouveaux cas d’élèves sans outil numérique alors même que nous pensions avoir recensé et éradiqué le problème me plonge là aussi dans un état d’impuissance. Les tablettes retrouvées nous permettront d’y répondre mais on a perdu, les enfants ont perdu… 3 semaines.
Alors, le standard qui sonne sans cesse dans mon bureau, les visio conférences pour maintenir le lien, les mails par dizaines chaque jour, les enquêtes du rectorat qui voudrait recenser les décrochés, les malades, les non connectés et j’en passe… ce soir…MARRE !