Orientation-Apprentissage

Découvertes Métiers : dans la peau d’une avocate…


Les avocats dans les films, séries ou au JT vous font frémir ou vous éblouissent par leur talent d’orateur ? Alors plongez avec nous dans les coulisses du palais de justice avec Maître Tatiana Vassine (T.V) , avocate à Paris.

VL: Vous êtes spécialisée en droit du travail et en droit du sport, pourquoi avoir fait le choix de ces spécialités ?

Tatiana Vassine : Le droit est un domaine très vaste dans lequel on peut pratiquer de nombreuses matières : le droit civil, le droit fiscal, le droit administratif… Le droit du travail et le droit du sport sont les domaines les plus concrets pour moi. Le droit du travail parce qu’il est omniprésent dans notre société, il suffit d’avoir fait un job étudiant pour se rendre compte de son existence avec la signature d’un contrat par exemple. Le droit du sport parce que je suis passionnée de sport et que j’ai pratiqué le rugby toute ma jeunesse [Tatiana Vassine a pratiqué le rugby en compétition pendant 10 ans]. C’était donc l’occasion parfaite de lier l’utile à l’agréable !

VL : Vous serait-il possible de décrire votre journée type de travail ?

T. V. : Les journées d’un avocat ne se ressemblent pas. Cependant, il y a des éléments communs. Tout d’abord il y a (dans mon domaine) beaucoup de travail en cabinet. Ce travail consiste à faire des recherches, à résoudre ou anticiper des problèmes de droit. Soit le client vient me consulter parce qu’il a besoin d’un appui juridique et de conseils, soit parce qu’il veut faire un procès ou est assigné en justice [convoqué]. Il y a ensuite les audiences. Elles symbolisent l’aboutissement de tout un travail de fond qui se conclut avec les plaidoiries.


VL: Qu’est-ce qui vous a attirée vers le droit, puis vers le métier d’avocate ?

T. V. : J’ai toujours été attirée par le droit et la justice. C’est un domaine peu connu mais qui est omniprésent dans notre société. L’achat d’une baguette de pain, les élections présidentielles ou encore le mariage sont réglementés par le droit ! Il y a aussi le volet justice qui m’a donné envie d’en savoir plus sur ce monde mystérieux et essentiel au bon fonctionnement de notre société.
Aujourd’hui, ce sont les dimensions de conseil et de justice qui me passionnent le plus. En tant qu’avocate, je suis un auxiliaire de justice et participe, à mon modeste niveau, à ce que les choses puissent évoluer. Aider mon client à solutionner un problème est ce qui me motive à exercer le métier d’avocat.

VL : Que souhaiteriez-vous dire à nos jeunes lecteurs qui aimeraient se lancer dans cette voie ?

T. V. : C’est une très bonne idée parce que c’est un domaine qui offre beaucoup de débouchés. Cela peut permettre de travailler dans la police, en entreprise en tant que juriste, d’être avocat, juge, huissier… Il est même possible de bifurquer sur des choses qui n’ont strictement rien à voir avec le droit : journalisme, communication, devenir fromager et créer son entreprise… Quelle que soit la voie choisie, le droit reste un bagage qui nous permet de structurer notre esprit et d’avoir un mode de raisonnement et d’appréhension des choses qui nous permettra d’évoluer dans notre carrière professionnelle.
Mais il faut être honnête avec les lecteurs, c’est une discipline qui demande beaucoup de travail. Si on n’a pas la capacité à travailler et à s’autoréguler dans le travail, ce sera très compliqué d’évoluer dans les études de droit.

VL : Comment vous préparez-vous lorsque vous devez plaider ?

T. V. : Traditionnellement, je plaide des dossiers que j’ai travaillés. Je connais le dossier, ses points forts, ses points faibles. Ensuite, c’est une question d’organisation pour passer de l’écrit à la verbalisation et à l’argumentation.
J’en profite pour attirer l’attention des lecteurs sur le fait que, contrairement à ce qu’ils pourraient penser, avec le temps, on perd de plus en plus le caractère d’oralité. Aujourd’hui, du fait du manque de moyens dans la justice, de plus en plus de magistrats nous demandent de poser directement le dossier et de ne pas le plaider.

Mais, même si elle se restreint, on a toujours la possibilité de plaider, au sens noble de la plaidoirie, avec une phrase d’accroche, une présentation des faits, la reprise de nos principaux moyens [arguments] et une conclusion.
Les avocats ont différentes méthodes : certains font tout de tête ; d’autres écrivent sur des feuilles A3. Moi généralement ce que je fais, je vais vous révéler un petit secret, c’est issu de la psychologie, il s’agit d’un mind map. C’est une sorte de cartographie de l’ensemble de mon plan de dossier. Quand on a plein de feuilles organisées les unes par rapport aux autres et que le magistrat ou un confrère nous interrompt, c’est compliqué parce qu’on mélange tout. En revanche, quand tout est cartographié sur un seul document, c’est nettement plus simple de s’y retrouver !

VL : Pourriez-vous partager avec nous votre meilleur souvenir en tant qu’avocate ?

T. V. : Ce n’est pas un souvenir précis, c’est plutôt un sentiment, celui d’avoir pu résoudre

un problème et parfois même d’avoir réussi à ce que justice soit rendue. Le juge est traditionnellement représenté par une balance. En tant qu’avocat, notre rôle est de le faire pencher dans un sens plutôt que dans l’autre. Toute la gratification vient de cette capacité à faire pencher la balance de la justice dans le sens dans lequel on voulait qu’elle penche. C’est ce qui va alimenter et motiver mon exercice quotidien : annoncer à un client la bonne nouvelle, recevoir un juge- ment et se rendre compte que le juge nous a donné raison ou réussir à sortir le client d’une situation problématique.
À l’inverse, quand on n’a pas réussi, c’est éminemment frustrant. La profession d’avocat est une profession en dents de scie. Quand on gagne on est en haut, quand on perd on est en bas. On est toujours dans une forme d’adrénaline, qui n’est pas évidente à gérer.

VL : En tant qu’avocate, avez-vous ressenti des différences de traitement par rapport à vos confrères masculins ?

T. V. : Chez les avocats, le taux de féminisation est de l’ordre de 55 % et le nombre d’avocates associées dans des cabinets [c’est-à-dire les avocats auxquels appartient le cabinet], je crois, est de l’ordre de moins de 25 %. Donc on se rend compte qu’il y a un problème. À titre personnel et je pense comme beaucoup de consœurs sauf à être confrontée à des cas qui ne laissent planer aucune ambiguïté, nous ne sommes pas focalisées sur les différences de traitement. Il peut y en avoir, mais nous ne nous en rendons pas nécessairement compte. Maintenant, certaines situations inacceptables sont vécues par beaucoup de consœurs. Ce sont des manières de s’adresser aux avocates qui sont différentes de celles employées pour s’adresser aux avocats. Par exemple, face à un avocat, une personne pourra dire « Bonjour maître » alors que face à une avocate, cette même per- sonne dira « Bonjour Madame ». En apparence, on peut penser que ce sont des questions de pure forme. Mais, ce qui peut inquiéter, c’est que cette distinction puisse refléter une considération différente portée à la femme par rapport à l’homme. Cela pourrait signifier que la forme révélerait le fait qu’on accorderait plus de crédit à la parole de l’homme qu’à celle de la femme. Si c’est ça (et cela peut également être totale- ment inconscient), on est sur quelque chose de profondément dangereux.

VL : Comment s’est passée votre prestation de serment ? Quel souvenir en avez-vous ?

T.V. : Pour être avocat, il y a un examen à passer. Puis, si nous l’avons, nous entrons dans une école dans laquelle nous passons un nouvel examen. Une fois celui-ci obtenu, pour que notre prise de fonction soit officialisée, nous nous présentons devant la justice dans le cadre de la prestation de serment. C’est un moment hautement symbolique parce qu’il manifeste le passage du juriste à l’avocat. Un autre élément hautement symbolique : celui de pouvoir porter la robe ( voir encadré plus bas).
Je m’en souviens encore très bien, c’était à Paris parce que j’ai fait mes études à Paris. Ma famille était là. J’avais fait faire ma robe d’avocat sur mesure. Et la première fois que je la portais, c’était à la date de la prestation de serment.
Nous arrivons dans une salle bondée de monde. C’est très formel, solennel. On fait la queue. Nous ne prononçons pas le serment parce que ce serait trop long. Mais nous nous présentons et lorsqu’on nous appelle, on lève la main droite et on dit : « Je le jure. » À ce moment-là, ça y est, on est avocat !
Lors de cette cérémonie, on nous remet notre diplôme d’avocat. Nous sommes inscrits sur le tableau de l’ordre. C’est un moment clé dans la vie d’un avocat.
En plus, j’ai eu la chance de prêter serment dans un très beau lieu qui est le Palais de justice sur l’île de la Cité, un bâtiment historique magnifique. Nous sommes déjà confrontés pour la première fois au poids de la justice, que nous allons ressentir tout au long de notre activité, la symbolique de tous les avocats qui sont passés avant nous, la symbolique du devoir qu’on va accomplir.

Propos recueillis par C. B. / Kezaco Mundi

Pourquoi les avocats portent-ils la robe ?
C’est la loi du 31 décembre 1971 qui a rendu obligatoire le port de la robe pour les avocats. Toutefois, son origine est bien plus ancienne. Initialement, les avocats étaient surtout des hommes d’église. Aussi portaient-ils des soutanes (habits religieux). Lorsqu’ils plaidaient, ils portaient une soutane noire. Bien qu’aujourd’hui les avocates et avocats ne soient plus des membres du clergé, la tradition de la robe noire est restée. Saviez-vous d’ailleurs qu’elle comptait 33 boutons. Pourquoi 33 ? Pour rappeler l’âge du Christ au moment de sa mort. Aujourd’hui, le port de la robe tend à apporter un côté solennel, à symboliser l’autorité que revêt cette fonction. Et comme tout uniforme, elle a pour but de figurer une apparente égalité entre les membres du barreau (c’est-à-dire l’ensemble des avocats rattachés à la même cour ou au même tribunal).