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Grossophobie : de la violence au body positive


C’est une discrimination dont on parle peu, pourtant, le traitement réservé aux personnes en surpoids ou obèses est souvent violent : régulièrement pointées du doigt, elles seraient forcément responsables de leurs kilos en trop et ne feraient rien pour les éliminer. C’est là une idée-reçue largement répandue et rarement déconstruite par la société qui encourage la stigmatisation de celles et ceux dont le corps est jugé non conforme à la norme traditionnellement acceptée, à savoir être mince.

Cette stigmatisation a progressivement conduit à une forme de discrimination peu reconnue tant elle est acceptée par la société. La grossophobie est pourtant l’un des vingt critères de discrimination reconnus par le Défenseur des droits, au même titre que le racisme ou le sexisme, et est inscrit dans le code pénal. On oublie trop souvent que l’obésité est une maladie, quant au surpoids c’est un facteur qui augmente le risque d’avoir d’autres pathologies.

La dernière enquête sur la santé des étudiants menée par HEYME montre que parmi les étudiants ayant vécu une forme de discrimination, 30% l’ont vécu en raison de leur apparence physique, parmi lesquels des victimes de grossophobie.

Dans la vie de tous les jours, la grossophobie se traduit notamment par le peu de visibilité accordée aux personnes obèses, où ayant une forte corpulence dans les médias, ou encore par le mobilier urbain, quasiment systématiquement inadapté, et par une violence plus frontale que sont toutes les manifestations quotidiennes du rejet des personnes dont le corps est jugé trop imposant.

Les manifestations de la grossophobie

La pression pour perdre du poids : pour les personnes en surpoids depuis l’enfance, l’injonction à perdre du poids est bien souvent la première marque de la violence. Ces personnes sont alors sans cesse renvoyées à la prétendue anormalité de leur corps et l’entourage n’est plus un soutien.

Les remarques culpabilisantes : les réflexions peuvent venir de l’entourage comme d’anonymes qui croient bon de formuler des conseils pour perdre du poids sans pour autant connaitre l’état de santé des personnes à qui ils s’adressent. Juger le corps des autres et se moquer de ce qui est différent de la norme est toujours une façon de se rassurer pour les auteurs de ces remarques.

L’attitude des soignants : certains soignants se montrent moins tolérants vis-à- vis des patients obèses sans cesse ramenés à leur surpoids, même lorsqu’ils consultent pour une autre raison. Le regard de certains soignants peu délicats est une forme de violence démultipliée pour le patient.

Le body shaming : les humiliations dans la vie sociale se poursuivent sur les réseaux sociaux. Les commentaires décomplexés, les remarques perpétuelles sur le corps sont autant de manifestations du body shaming. A cela s’ajoute la surreprésentation des corps parfaits sur les réseaux sociaux, notamment Instagram.

La discrimination sur le marché du travail : s’insérer professionnellement lorsqu’on est en surpoids n’est pas évident non plus. Certains employeurs ne se privent pas de faire remarquer à des candidat.es que leur apparence est un problème. Les remarques désobligeantes se poursuivent même pour les actif.ves : des témoignages de personnes obèses ou en simple surpoids font état de remarques peu délicates de la part de responsables les enjoignant à perdre du poids.

L’intériorisation : la plus forte violence ressentie par les victimes de grossophobie est l’intériorisation des remarques, qui mènent à l’auto- dévalorisation et même à la honte de soi.

Vers une acceptation de son corps : le body positive

Heureusement, face à la banalisation des corps parfaits et à la normalisation de la minceur, un nouveau courant a émergé : le body positive. Ce mouvement qui prône l’acceptation de soi invite chacun.e à être à l’aise avec son corps, ses formes et à l’aimer. Le body positive prend le revers du body shaming, en invitant à aimer son corps dans son regard à soi et non dans celui des autres. Le body positive se manifeste aujourd’hui sur les réseaux sociaux par le fait de poster des photos de soi dans lesquelles chacun.e assume ce qui est considéré comme des défauts : vergetures, embonpoint, cicatrices ou corps imposants. Dans une société française où près de 49% des adultes sont en surpoids ou obèses, la grossophobie est susceptible de toucher un grand nombre de personne[1]. Aujourd’hui, le body positive apparait comme un mouvement émancipateur et une réponse indispensable pour contrer les manifestations de la grossophobie.

[1] Etude ESTEBAN (Etude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition 2014-2016)