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L’Intelligence Artificielle par Maher SLOUMA

Chercheur en Sciences de l’Information et de la Communication

L’intelligence Artificielle communément connue sous l’acronyme IA est une thématique largement débattue ces dernières années à l’échelle locale, nationale et mondiale. De l’agriculture à la santé en passant par l’éducation, tous les secteurs sont concernés par l’IA. Certains pays ont déjà pris de l’avance sur cette question notamment les États-Unis et la Chine. La France veut également prendre part de cette prouesse technologique en encourageant les efforts de l’ensemble des acteurs concernés par cette question. Une dynamique nationale soutenue par une volonté politique a particulièrement vu le jour depuis le rapport Villani (rendu public le 28 mars 2018).

Mais qu’est-ce que l’Intelligence Artificielle ? C’est la grande question de la conférence organisée par le département des Alpes-Maritimes le 08 octobre 2019 au Palais des Rois Sardes à Nice avec pour slogan ‘’ l’Intelligence Artificielle à la portée de tous ’’.

En réalité, s’agissant d’un domaine pluridisciplinaire et en plein développement, sa définition n’est pas complètement stabilisée. Néanmoins, et d’après les interventions des différents acteurs qui ont animés cet évènement à Nice, nous pouvons définir l’IA comme la puissance prédictive des machines de plus en plus puissantes et ayant une grande capacité de collecte, de calcul, de traitement et d’analyse des données massives et complexes dans l’optique d’accompagner l’être humain dans ses activités quotidiennes. Les données qui alimentent l’IA sont générées par l’être humain lui-même.

Malgré le manifeste progrès technologique que nous vivons aujourd’hui et qui est visible de tous, les avis sur l’IA restent partagés. Du point de vue des experts, il existe deux hypothèses bien opposées. Pendant que certains avancent une hypothèse d’une IA tout puissante allant jusqu’à prétendre la mort de la mort notamment en invoquant les travaux sur le Transhumanisme et l’Homme augmenté, d’autres défendent l’idée d’une indéniable avancée technologique dans laquelle le rôle de l’Homme reste incontournable. Dans ce deuxième courant de pensée, certains supposent que ce qui est appelé IA aujourd’hui ce n’est rien d’autre que ce qui a été appelé systèmes experts autrefois. D’ailleurs, Luc Julia (co-créateur de Siri) donnera une conférence intitulée ‘’ L’IA n’existe pas ’’ le 23 novembre 2019 au Palais des Congrès d’Antibes Juan-les-Pins.

Du point de vue des usagers, il se dégage également deux avis différents. Suite à une étude exploratoire sur un échantillon de convenance auprès de 120 sujets interrogés, Marco Landi (Président de Smart Deal, ancien Président d’Apple et ancien patron de Texas instrument Europe et Asie) résume ces avis entre peur (pour 80% des réponses) et fascination (20%). La peur de certains qui ne maîtrisent pas la technologie et qui se sentent envahi par cette dernière, ce qui constitue un handicap en soi. La fascination des autres pour qui la vie quotidienne demeure facilitée par une technologie de plus en plus puissante. La fracture numérique prend ici tout son sens, d’où la nécessité d’accompagner la société civile dans cette transition.

En lien avec l’éducation, les travaux de recherche sur le Deep Learning, le Machine Learning et le numérique éducatif en général permettent de mesurer leur potentiel pour aider les apprenants à surmonter leurs difficultés. Dans ce sens, les traces d’activités dans un parcours d’apprentissage notamment en ligne sont analysées pour comprendre les comportements des apprenants. Cela aidera à identifier ceux qui sont en difficultés et intervenir à temps. À travers de nombreuses études de recherche sur cette question, le laboratoire Techné à Poitiers a montré à quel point cette technique d’enquête est indispensable aujourd’hui.

De son côté le laboratoire LINE qui est adossé à l’INSPÉ de l’Académie de Nice apporte son expertise aux établissements scolaires et joue un rôle essentiel d’acculturation numérique et d’initiation des élèves à la robotique et à la pensée informatique.

Tout comme le laboratoire Techné dans la région Nouvelle-Aquitaine, le laboratoire LINE est très actif sur ce domaine dans la région Sud.

Au-delà de ces différentes visions parfois contradictoires mais essentielles à mon sens pour enrichir le débat et sortir des visions purement déterministes, la réussite d’un tel projet nécessite plus que jamais d’être inscrit dans une démarche pluridisciplinaire. Cette réflexion concerne les personnes de tout âge. L’acculturation au numérique (thématique chère au professeur Jean-François Cerisier, directeur du laboratoire Techné), l’initiation à la pensée informatique, la robotique, la logique et l’algorithmique contribuent au développement de la pensée critique chez les jeunes. Une qualité fortement demandée pour le vivre ensemble et la réussite collective aussi.

Pour fédérer les différents acteurs qui concourent au développement de l’IA, il est indispensable de créer un écosystème capable à la fois de réunir les acteurs scientifiques, industriels et politiques pour faciliter leur collaboration mais aussi de sensibiliser la société civile encore réticente face à une technologie considérée comme de plus en plus envahissante.

Les acteurs présents dans le département des Alpes-Maritimes sont particulièrement actifs pour créer et maintenir une dynamique locale dédiée à l’IA. L’Université Côte d’Azur à travers ses différents laboratoires joue pleinement son rôle dans ce réseau. Un sommet international intitulé ‘’ SophI.A Summit ’’ a été organisé en ce sens du 07 au 09 novembre 2018. Une deuxième édition de ce sommet aura lieu du 20 au 22 novembre 2019. La création de l’INSTITUT EUROPIA avec pour slogan ‘’ l’Humain au coeur de l’Intelligence Artificielle ’’. La labellisation par le ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation du projet 3IA Côte d’Azur pour recevoir un Institut Interdisciplinaire d’Intelligence Artificielle et l’initiation d’un Grand cycle de conférences sur l’IA (#IADATES).