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Violences et discriminations vécues par les lycéens : des données préoccupantes par HEYME

Le sujet n’est pas nouveau, il est même ancestral : les sociétés ont toujours connu l’expression de la violence.
Depuis 2016 des mouvements de dénonciation de ces violences, notamment sexuelles, ont émergés. Depuis, la parole se libère plus facilement pour les victimes de violences, et une réflexion est engagée sur le phénomène, ses mécanismes et ses conséquences.

Pour autant, lorsqu’on s’intéresse aux formes de violences vécues par les jeunes, le constat est net. Les violences sont encore trop présentes dans le quotidien des lycéens : 1 lycéen sur 4 déclare avoir déjà été victime de violences depuis qu’il est au lycée.

Des violences verbales et psychologiques

Les formes de violences vécues par les jeunes sont multiples, même si deux types sont principalement rencontrés par les lycéens : les violences verbales (86%) et les violences psychologiques (35%). Les injures, les moqueries, les cris sont des agressions verbales auxquelles les jeunes victimes sont soumises. Quant aux violences psychologiques déclarées par les lycéens, ces dernières prennent la forme de menaces, de chantages, de manipulations et autres humiliations.
L’essor du numérique et des réseaux sociaux a entraîné ces dernières années une nouvelle forme de violences : les cyberviolences. Certains adolescents considèrent en effet Internet comme un espace de grande liberté, à l’abri du regard des adultes, et en font le terrain de jeu du harcèlement. Ces violences, bien réelles, sont souvent déconsidérées car exercées sur écrans, or, ces actes violents (chantages, moqueries, injures, qui peuvent aller jusqu’à la provocation au suicide) ont les mêmes conséquences que les violences exercées en présentiel.
Les manifestations de ces violences sont souvent banalisées par les témoins pour qui « ce n’est pas grave », « c‘est pour rire ». Pourtant ces agressions laissent des traces sur la victime et l’installe dans un climat insécurisant et malveillant. Quant aux auteurs, le recours aux actes violents est bien souvent l’expression d’un malaise profond voire d’une véritable souffrance nécessitant un accompagnement.
Les violences sont particulièrement fréquentes au lycée, et pour cause, c’est la fin de l’adolescence et le passage à l’âge adulte qui se jouent. C’est le moment où se côtoient la confusion des sentiments et la pression pour se conformer au groupe de pairs. Or, c’est précisément dans l’environnement scolaire que les violences ont lieu (97% des lycéens déclarant avoir vécu des violences verbales au lycée, et 87% déclarent y avoir vécu des violences psychologiques).
Paradoxalement, au lycée, on a du mal à se passer du groupe, et on se construit avec lui malgré les violences auxquelles il peut nous renvoyer. A un moment où l’estime de soi et la confiance en soi sont en construction, se heurter à des agressions ponctuelles ou répétées peut être dévastateur.

Au-delà du lycée, les cadres familiaux et conjugaux demeurent les principaux espaces au sein desquels s’exerce la violence. Lorsqu’on s’intéresse aux auteurs des violences, on constate qu’il s’agit la plupart du temps de personnes connues de la victime. En effet, dans 66% des cas, la victime connaît son agresseur : amis, connaissances, proches, ou mêmes membres de la famille. Le lien déjà établi entre la victime et l’auteur facilite les mécanismes d’emprise et la manifestation de la violence. Les jeunes couples ne sont pas épargnés : les critiques, le chantage, et le contrôle du partenaire sont monnaie courante dans les relations amoureuses des lycéens, et ce alors qu’ils n’ont pas conscience de la violence que cela installe dans le couple.

Près de 3 lycéens sur 10 ayant vécu des violences n’en parlent pas.

Ces violences qui ponctuent l’intimité de certains lycéens sont souvent banalisées au point qu’ils n’en parlent pas. Les raisons de ce silence sont inquiétantes : bon nombre de lycéens déclarent qu’ils n’assimilent pas immédiatement les actes subis à de la violence, pire encore, certains d’entre eux avancent avoir honte de ce qu’ils ont vécu, ou avoir peur d’être rejeté après en avoir parlé.
Enfin, plus préoccupant, 21% des lycéens qui n’en parlent pas déclarent ne pas savoir à qui s’adresser. Ce constat alarmant doit encourager la prise de parole et faciliter la dénonciation des violences subies par les jeunes.

De la violence à la stigmatisation, il n’y a qu’un pas.

Ces violences peuvent avoir pour finalité la stigmatisation, et laisser place à des mécanismes de discrimination. Ainsi 4 lycéens sur 10 déclarent avoir subi au moins une forme de discrimination au cours de sa vie. L’apparence physique, l’appartenance ou non à un groupe de pairs et la réussite scolaire sont les trois premiers critères de discriminations vécues par jeunes. D’autres critères entrent en jeu comme l’orientation sexuelle, la religion, le handicap ou encore les origines.

Face à la banalisation des actes violents et aux difficultés des jeunes à en parler, la prévention prend tout son sens. La déconstruction des stéréotypes liés à l’apparence, la promotion d’alternatives à la violence sont autant d’enjeux à développer au sein des lycées pour voir ces chiffres diminuer. A la prévention des violences doit s’ajouter l’accompagnement des adolescents victimes. Recueillir les témoignages et soutenir les lycéens dans la dénonciation de ces violences est le rôle et la responsabilité des adultes qui les entourent, aussi bien dans leurs environnements familiaux que scolaires. La formation des professionnels de l’éducation à l’accompagnement des victimes de violences doit en ce sens être une priorité.

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